Un mois pour découvrir la France qui se lève tôt pour gagner plus. Suite et fin.


Mille pardons pour tous les articles que j'aurais dû écrire mais, comprenez, un vrai travail c'est très prenant. 

J'en étais restée à mes relations amicales avec la photocopieuse. Cette dernière s'est quelque peu vexée quand je lui ai annoncé que désormais notre relation ne serait plus qu'épisodique. J'y avais mis les formes, hein. Je ne l'ai pas larguée comme une vieille chaussette. La pauvre n'a pas supporté que je m'entende aussi bien avec l'imprimante. Personnellement, j'y ai gagné. L'imprimante est beaucoup moins capricieuse. Comprenez, il y a moins de boutons donc moins de risques de se retrouver avec un A3 paysage alors qu'on voulait un A4 portrait. Même si je dois avouer qu'il m'a fallu un certain temps pour comprendre dans quel sens introduire le papier à en-tête. 

En ce qui concerne le travail proprement dit, dans le courant de la troisième semaine les choses se sont corsées. Attention, je ne suis pas en train de sous-entendre qu'on est tous partis en séminaire à Calvi, hein. Le chef est rentré donc j'ai changé de bureau puisque j'occupais le sien, souvenez-vous. J'me suis présentée. J'suis la stagiaire, j'ai dit. M'en doutais, qu'il a répondu. Échange, un peu idiot je le conçois, de bons procédés. 

C'est donc, moins bien assise à mon moins joli bureau après avoir bu un moins bon café, que je me suis remise à l'ouvrage. T'as déjà utilisé un cutter ? s'est renseigné ma collègue. Oui, j'ai répliqué bien fière de moi en omettant sciemment de lui avouer que je l'utilisais tellement souvent que j'avais déjà failli perdre plusieurs doigts, une oreille et même un oeil si mes lunettes ne m'avaient pas sauvé la vie, enfin la vue. Je crois que j'ai bien fait. À la suite de mon affirmation dénuée de toute circonstance atténuante, elle a ajouté ah bah c'est bien tu vas pas te couper alors. Je ne vous raconte pas l'effort de concentration que j'ai dû fournir pour rester à la hauteur de ma réputation, désormais acquise, de stagiaire qui sait utiliser un cutter. 

Le mercredi, on est tous allés manger au restaurant. C'était vraiment chouette. Et à seize heures, en rentrant au bureau, j'ai sauvé la piscine. Tu le trouves comment ce revêtement de sol pour la piscine, il me demande mon collègue. Absolument affreux, je lui réponds. Il était vert (le revêtement de sol, pas mon collègue). J'avais pas mal bu au déjeuner donc la franchise jaillissait de ma bouche. C'est bien ce que je me disais, qu'il a ajouté (mon collège, pas le revêtement de sol). Mon alcool-franchise a confirmé son alcool-doute. On se complétait, c'était l'entente cordiale, je me suis sentie stagiaire utile. Ce qui n'est vraiment le cas tout le temps, je dois bien l'avouer. 

Le dernier jour, j'ai fait des cookies pour que mon chef de service me regrette (effort à moitié vain puisqu'à dix-sept heures, il m'a dit tu peux partir du moment que tu nous laisse les gâteaux). Je me suis cramé les deux pouces en sortant la plaque du four. Comme je dis souvent, on est douée ou on l'est pas. Je vous laisse deviner dans quelle catégorie je me situe. Du coup, je me suis demandé si je pouvais faire passer ça en accident du travail et ne pas venir vendredi. J'ai réfléchi un peu plus longtemps (contrairement à ce qu'on raconte, ça ne tue pas, vous pouvez essayer aussi) et en suis venue à la conclusion que si je ne venais pas vendredi, je ne pourrais pas leur donner mes cookies et mon chef de service ne pourrait pas me regretter. CQFD. Sur cette pensée pleine de bonne logique, je suis allée m'enduire non pas d'erreur mais de Biafine, en pensant à tous les sacrifices que nécessite un vrai travail. 


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