Votez Rodrigue, il a du coeur !


Je ne sais pas si vous avez remarqué mais depuis mercredi soir, on bouffe de l’anaphore à toutes les sauces. Ce récent engouement n’est pas pour me déplaire, j’affectionne tout particulièrement cette figure de style. Malgré tout, vous sentez monter en moi l’insurrection, sautez une ligne elle arrive.

C’était mercredi soir, donc. Animé par l’envie de montrer qu’il savait manier l’art oratoire et que, contrairement à son voisin d’en face il n’avait pas pris ses cours de rhétorique chez Jean-Claude Van Damme mais plutôt fait ses classes avec Démosthène, François Hollande a martelé son adversaire à grands coups de « Moi, Président de la République… ». Seize torgnoles.

Evidemment, la presse de l’Internet s’est rapidement saisie de l’affaire et en a profité pour instruire la France d’en bas : non, le disque du futur Président n’était pas rayé surtout qu’il est moderne donc en MP3. Dans les milieux autorisés, on appelle ça une anaphore. Et de bien insister sur le mot barbare pour que chacun puisse briller dans les dîners mondains et autres barbecues, ce week-end, d’autant qu’il sera prolongé.

Jusqu’à ce sombre mercredi 2 mai 2012, plus de la moitié de la France ignorait ou avait oublié ce qu’était une anaphore et ma foi, ça ne l’empêchait pas de dormir.

[Je le conçois. Moi-même je ne sais pas poser une division et ne sait toujours pas mes tables de multiplication mais ce n’est pas ça qui me tient éveillée jusqu’à des heures indécentes. De plus, il m’est bien égal d’être insomniaque à mes heures indécentes et du coup perdues, puisque je ne fais pas partie de la France qui se lève tôt. Bien que récemment, j’ai postulé en dilettante, quand même faut pas déconner, pour un vrai travail. Mais, je n’ai pas de nouvelles et je compte sur François Hollande pour supprimer le vrai travail]

Désormais, cette jolie figure de style est associée à François Hollande. Allez sur Google, tapez anaphore, sur les dix résultats de la première page, huit lui sont consacrés. Ici, je dirai bien des méchancetés sur mes amis journalistes mais en fait non, c’est un métier difficile. Surtout en ces temps de campagne de Russie électorale*.

Dorénavant, lorsque mes contemporains prendront un air consterné parce que je déclame du Corneille**, je pourrais répondre ne fais pas cette tête (ou quelque chose de moins poli), je fais comme François Hollande.

Parce que, sachez-le, si Corneille n’est pas l’inventeur de l’anaphore non plus, il en a commis de bien belles, genre : « Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! » Je ne résiste pas à vous faire ma petite blague, rapport au Cid. Puisqu’il y a toujours un bouffon, pardonnez l’incivilité mais lorsqu’on touche au Cid je prends les armes, pour demander Le Cid, c’est Corneille ou Racine, déjà ? Je réponds Maupassant. Pierre Corneille ou Jean Racine, Pierre ou Jean, Pierre et Jean, Maupassant. Ne vous sentez pas obligés de rire, je suis accoutumée au bide.

J’espère que cet article me vaudra le portefeuille de la Culture. J’en profiterai pour ne pas vous parler de l’aposiopèse.



* Oui je fais référence à la journaliste de Mediapart agressée au meeting de Sarkozy. Si l’on n’était pas sur un blog censé propager la bonne humeur, je réclamerais la torture pour les gens qui ont fait ça.
** L’air consterné est-il destiné à Corneille ou à mon manque de talent en matière de déclamation d’alexandrins ? Je préfère ne pas trancher, je suis horriblement vexée dans les deux cas, de toute façon. 

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