Scène de la vie moderne #1

L'autre jour, en lisant mes mails j'ai été prise à la gorge par cette angoissante interrogation :
"Elsa, laisseriez-vous un ami en détresse ?"

Après quelques secondes de perplexité devant la formulation peu élégante de la question (au début, j'avais écrit syntaxe approximative mais je n'ai pas voulu passer pour une intégriste de la langue française, ce que je suis), j'ai bien été obligée de reconnaître que les gens qui écrivent ce genre de courrier électronique savent s'y prendre. 
Ils vous appelent par votre prénom. Alors, vous vous dites que ce n'est pas une publicité comme les autres, elle s'adresse vraiment à vous (comment font-ils concrètement pour envoyer un mail personnalisé à leurs millions d'abonnés ? ça, c'est une vraie question). À ce moment-là, vous n'avez plus d'autre choix que de lire ce qui suit. On vous parle, la politesse veut que vous écoutiez. 
"Laisseriez-vous un ami en détresse ?" Question quelque peu rhétorique. On sent bien que si on répond oui (et on en a très envie), on passe pour un être humain peu fréquentable. Personne ne voudrait être l'ami de quelqu'un qui laisserait ses amis en détresse donc cette personne n'a pas d'ami et par extension n'a pas à se poser la question de savoir s'il les laisserait ou non, en détresse. Mais, tout cela vous fait cogiter parce bon, soyons honnêtes, tout dépend de quel ami on parle. Dans nos amis Facebook par exemple, il n'y en a pas quelques uns qu'on "laisserait en détresse" ? Alors on commence à faire une liste, ceux à qui on porterait secours en cas d'explosion nucléaire et ceux avec qui on ne partagerait pas notre avant-dernier Kiri. C'est compliqué ce genre de question, on sue sang et eau, on y passe la journée. Et puis, n'en pouvant plus on ouvre le mail et là, Price Minister nous dit :
"Il faut sauver l'appart de JD !"

Déjà, c'est pas JD qui est en détresse mais son appart. Oui, ça change tout, on ne porte pas secours de la même façon à un appartement ou à une personne. Aussi étrange que cela puisse paraître, les deux n'ont pas les mêmes préoccupations. Et puis d'abord, c'est qui JD ? Je le connais pas, c'est pas mon ami. Pourquoi je le sortirais de sa détresse ? Il a qu'à se débrouiller tout seul, ce type !

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